La carte postale :
le trait d'union entre le passé et le présent


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Cartes postales de Rimont (suite 1)


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Le 6 juin 1944, les troupes Alliées réussissaient à débarquer sur les plages de Normandie et à bousculer les défenses allemandes à la suite de sanglants et dures affrontements. Au soir de l’opération « Overlord », ils établissaient une tête de pont sur la côte et mettaient en place toute la logistique indispensable au débarquement de milliers d'hommes, en vue de longues et difficiles offensives sur leurs prochaines avancées vers Paris et l'Allemagne. De plus presque deux mois plus tard, le 15 août, un second débarquement était effectué avec succès sur les côtes provençales, au sud-est de la France entre Toulon et Cannes.
   Dès lors, les unités allemandes d'occupation encore présentes dans le sud et le sud-ouest du territoire, craignant d'être encerclées, cherchaient à rallier coûte que coûte soit le front de Normandie, soit la vallée du Rhône. Mais c'était sans compter sur les " Forces Françaises de l'Intérieur " qui avaient ordre de ralentir ou de bloquer les retraits des troupes d'occupation.

   Si le massacre d'Oradour-sur-Glane avec ses 643 victimes (hommes, femmes, enfants) évoque à juste titre le sommum de la barbarie nazie dans notre mémoire collective, il ne faut pas néanmoins qu'il occulte les exactions commises dans les autres villes, villages et hameaux, jusqu'aux endroits les plus isolés de nos campagnes françaises. Malheureusement, la liste de ces lieux attaqués est bien longue... et la commune de Rimont en fait partie.

Rimont, village martyr

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Rimont
Village martyr
21 août 1944

Farré & fils, imp., Foix

Peu de temps après les représailles d'une colonne allemande et turkestanaise contre la commune de Rimont, l'imprimerie Farré et fils, établie à Foix, éditait une pochette avec quelques photos, révélant ainsi les tragiques conséquences de tels actes.
   À l'intérieur de ce mémo, y est résumé l'historique des évènements advenus ces 21 et 22 août 1944 avec, en complément, le bilan général et la liste des victimes. Sur le volet inférieur, il y est bien précisé que « La population de Rimont remercie avec émotions tous ceux qui l'ont secourue. » suivi de « Cette pochette est vendue au profit des sinistrés de Rimont ». Enfin, dix feuillets individuels y sont insérés avec différentes illustrations des ruines du village causées par l'immense et criminel incendie. Les noms de l'auteur du texte et du photographe ne sont pas mentionnés dans cette édition. Cependant, on peut dire que la première photo est de Jean Dieuzaide et que les suivantes sont de Marcel Bataillé, photographe à Saint-Girons.

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Pochette de Rimont, village martyr
Historique

Farré & fils, imp., Foix


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Pochette de Rimont, village martyr
Farré & fils, imp., Foix

Historique

Pittoresquement allongée sur une crête parallèle à la route nationale 117, l'agglomération de Rimont, à 32 kilomètres de Foix et 13 de Saint-Girons, dresse comme autant d'irrécusables témoins de la barbarie allemande, les murs calcinés de ses cinquante-deux maisons.
   Les fait remontent aux jours d'août 1944 qui virent s'accomplir la libération de l'Ariège.
   Foix et Pamiers étant libérés de la veille, les F.F.I., au 20 août, avaient attaqué St-Girons, puis s'étaient retirés devant la colonne allemande accourue en renfort.

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Les F.F.I.

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Écusson F.F.I.

   Les Forces françaises de l'intérieur (FFI) sont le résultat de la fusion, au 1er février 1944, des principaux groupements militaires de la Résistance intérieure française qui s'étaient constitués dans la France occupée : l'Armée secrète (AS, gaulliste, regroupant Combat, Libération-Sud, Franc-Tireur), l'Organisation de résistance de l'armée (ORA, giraudiste), les Francs-tireurs et partisans (FTP, communistes), etc.

   Nota Plus exactement, il s'agissait du repli de Saint-Gaudens (Haute-Garonne) du premier bataillon de la Légion du Turkestan cherchant à regagner la vallée du Rhône, qui était inopinément arrivé à Saint-Girons pendant les affrontements, ce jour là. Évidemment devant la supériorité numérique et en arme des nouveaux arrivants, les maquisards n'eurent que le choix de se retirer promptement de la ville pour éviter plus de morts.
   Le lendemain matin, au départ de la colonne motorisée allemande en direction de Foix renforcée par 300 douaniers du Servlce de Surveillance de la Frontière (Zollgrenzschutz), les membres de la Gestapo et le groupe des ultras collaborateurs de la capitale couserannaise (membres du P.P.F., miliciens, Waflen SS) la ralliaient aussitôt car leur situation devenait sérieusement défavorable. En somme, il y figurait environ 2000 personnes.

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La légion du Turkestan

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Groupe d'officiers et sous-officiers " Mongols " de la légion du Turkestan
Photo X

   La légion du Turkestan était composée essentiellement de prisonniers du Turkestan soviétique (Ouzbeks, Turkmènes, Kirghises, Kazaks et radjiks, la plupart originaires d'Asie centrale) ou de la région de la Volga (Bachkirs, Tatars, Tchouvaches, Kalmouks) vaincus sur le front de l'est et enrôlés de force dans une unité supplétive de la Wehrmacht. Peu fiables, ils étaient encadrés par des officiers allemands, des " Turkestans " collaborateurs ou des auxiliaires de la Gestapo. Transférée en France à l'arrière-saison 1943, l'escadre était généralement employée à des tâches d'appoint, de soutien, de gardiennage (par exemple : la sécurité de l'usine pétrolière de Boussens, près de Saint-Gaudens en Hte-Garonne, qui appartiennait à la société allemande " Kontinental Oel ") ou à la lutte contre les maquis.
   Pendant longtemps, les habitants de la région les ont improprement surnommé " les Mongols ".

Au matin du 21 août, vers 9 heures, des camions transportant vers Foix les forces ennemies, l'alerte fut donnée à Rimont. La vingtaine d'hommes mal armés qui constituaient la garde civique, renforcés d'une huitaine de maquisards espagnols, s'apostèrent près du village et sous leur feu ajusté, stoppèrent les éléments de tête. Mettant pied à terre, les allemands, puissamment équipés d'armes automatiques et des mortiers, entreprirent alors l'investissement du village.
   La résistance des défenseurs avant leur repli devant des forces très supérieures, avait laissé à la plus grande partie de la population le temps de se réfugier dans les bois. Toutefois, vers 11 heures, la colonne allemande, forte surtout d'asiates de la « Légion du Turkestan », pénétrait dans Rimont, pillant, incendiant méthodiquement les maisons, fusillant neuf personnes et en abattant deux autres dans leur fuite... Un groupe de 25 habitants, sans distinction d'âge ni de sexe, devaient être maintenus jusqu'à la nuit sur la ligne de feu, sous des menaces réitérées de fusillade...

Nota Averti par des sentinelles de l'approche du convoi militaire comprenant un effectif plus important que supposé, la garde civique de Rimont conseillait aux habitants de fuir illico et de se cacher loin du village. La majorité de la population obtempéra en abandonnant spontanément leurs activités et leurs biens. Malheureusement au même moment, les gendarmes, mal informés et mal avisés, conseillèrent à des résidants de se cloîtrer dans leur maison, ce que firent surtout les plus âgés. Pendant les hostilités qui suivirent, certains d'entre-eux payèrent de leur vie cette décision.

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Rimont
Vue aérienne

Farré & fils, imp., Foix
(1944/1945)

Photo Yan (J. Dieuzaide), Toulouse

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Rimont
Ruines du quartier de Tabéou

Farré & fils, imp., Foix
(1944/1945)

Photo M. Bataillé, Saint-Girons

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Rimont
Ruines du quartier de l'église

Farré & fils, imp., Foix
(1944/1945)

Photo M. Bataillé, Saint-Girons

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Rimont
Ruines du quartier de l’église

Farré & fils, imp., Foix
(1944/1945)

Photo M. Bataillé, Saint-Girons

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Rimont
Un intérieur en ruines

Farré & fils, imp., Foix
(1944/1945)

Photo M. Bataillé, Saint-Girons

   Il s'agit des ruines de l'hôtel Bascaing, vue de la route de la Tranchée.

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Rimont
Une sinistrée visite sa maison dévastée

Farré & fils, imp., Foix
(1944/1945)

Photo M. Bataillé, Saint-Girons

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Rimont
La mairie et le monument aux Morts.
Seul le drapeau, percé de balles, a résisté à l'incendie

Farré & fils, imp., Foix
(1944/1945)

Photo M. Bataillé, Saint-Girons

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Rimont
Ruines de la mairie et de la caserne de gendarmerie à l'arrière plan

Farré & fils, imp., Foix
(1944/1945)

Photo M. Bataillé, Saint-Girons

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Rimont
Ruines de la mairie

Farré & fils, imp., Foix
(1944/1945)

Photo M. Bataillé, Saint-Girons

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Rimont
Vue sur la rue principale

Farré & fils, imp., Foix
(1944/1945)

Photo M. Bataillé, Saint-Girons


   " Le miracle de l'abaye de Combelongue "

Durant une bonne partie de la journée, les quatre vingt enfants de la colonie Notre-Dame de l'abbaye de Combelongue, le personnel et les prêtres qui les encadrent sont eux aussi maintenus en otages. Après avoir bombardé les bâtiments au mortier et avoir empêché toute sortie avec sa mitrailleuse, la section allemande qui s'est emparée de la colline de Castillon où elle a subi des pertes du fait des tirs précis venant de la colline de la Serre, investit en effet les lieux. Les assaillants veulent venger leurs morts et les otages ne doivent leur salut qu'à la présence à la tête du détachement d'un sous-officier allemand protestant qui voyant le crucifix accroché au mur se refuse à les fusiller.

   Entre temps alertés, le maquis du col de la Crouzette et des éléments F.F.I. de toute la région convergeaient sur Rimont où, dès midi, les forces allemandes se trouvaient encerclées; le combat se poursuivit fort avant dans la nuit, à la faveur de laquelle, profitant de l'insuffisance d'armement des patriotes, l'ennemi put se décrocher puis atteindre Castelnau-Durban, à cinq kilomètres de là.

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Prisonniers « Mongols » de Rimont-Castelnau photographiés à Foix le 23 août 1944
Photo Krzepicki

Ce n'est que le 22 août, renforts et munitions ayant pu arriver, que les Allemands, au nombre d'environ 1500, furent contraints de se rendre.
   Il sied de rappeler que, le 13 juillet précédent, la Gestapo et ses complices du P.P.F. avaient enlevé à Rimont M. Paul Laffont, sénateur de l'Ariège, ancien ministre, puis son ami le docteur Charles Labro, dont les corps martyrisés devaient être exhumés à plusieurs kilomètres du village.

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Le P.P.F.

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Logo du P.P.F.

   Le Parti populaire français (PPF ; 1936-1945), fondé et dirigé par Jacques Doriot, était le principal parti politique français d'inspiration fasciste en 1936-1939 et l'un des deux principaux partis collaborationnistes en 1940-1944 avec le Rassemblement national populaire (RNP) de Marcel Déat.

   Nota Animés par une rage destructrice, les belligérants avaient "miraculeusement" négligé la mise hors service du bureau de poste en priorité, afin d'empêcher toutes communications vers l'extérieur de la commune. C'est ainsi que Mme Suzanne Soula, receveuse aux "Postes, télécommunications et Télégrammes" de Rimont, malgré le chaos aux alentours et les incendies, eut largement le temps d'alerter avec un remarquable sang-froid l'État-major des F.F.I. à Foix, les centres de Castelnau-Durban, du Mas-d'Azil et de Pamiers. Puis à l'approche des soldats, elle s'enfuit par la cave accompagnée de son mari et d'un combattant blessé venu se réfugier chez elle.
   Grâce au courage et aux appels de celle-ci, plusieurs formations du département et limitrophe rejoignèrent au plus vite Rimont et Castelnau-Durban avec armes et munitions pour appuyer l'effectif de la Résistance en place.

   Aucune armée régulière n'est intervenue en Ariège. La libération du département n'a été possible que grâce à la détermination des hommes des Forces Française de l'Intérieur et aux groupes de Guérilleros Espagnols après de âpres combats face aux occupants ayant fait de nombreux morts et blessés.

Sources & liens :
  • " Il y a 5O ans...2l et 22 Aoaût 1944 - Bataille de Rimont et de Castelnau-Durban - L'Ariège était libérée " - Claude Delpla, professeur agrégé d'histoire, qncien correspondant du comité d'histoire de la 2è Guerre Mondiale, spécialisé dans l'histoire de la résistance et de l'internement - pdf
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